«(Dé)connexion» : Bujumbura s’est assise pour se regarder debout

«(Dé)connexion» : Bujumbura s’est assise pour se regarder debout

Édition 2026

2026-02-09 10:42:26

Ashimwe

 Alors que les derniers projecteurs de la septième édition de Buja Sans Tabou se sont éteints, quelque chose, lui, refuse de retomber dans l'obscurité. Une rumeur douce, persistante : celle d'un public qui est venu, resté, écouté. Celle d'un théâtre qui, loin de divertir seulement, a osé déranger, recoudre, rassembler. Retour sur un festival où, entre silences habités et scènes habitées, le Burundi s'est regardé droit dans les yeux

Par Ashimwe 

D'abord, quel public ?  Soyons honnêtes mais tendrement honnêtes. Nous, Burundais, rester assis pendant des heures… en silence ? Voilà déjà une performance artistique en soi.   

Si c'était de la musique, de la danse : on y croirait sans effort. Les épaules bougent, les mains suivent, les téléphones filment. Mais voir plus de 250 personnes par jour, assises, immobiles, suspendues aux mots, aux gestes, aux souffles des comédiens… là, tu comprends. 

Tu comprends que le théâtre n'est pas un luxe ici. 

C'est un miroir.  Et manifestement, nous avions besoin de nous regarder. 

De l'art à la noblesse 

Pendant ces jours de festival, nous avons vu des choses rares :  Des corps parler. Des silences crieur.   

Des scènes devenues des miroirs impitoyables de nos sociétés. 

On a vu des vérités marcher pieds nus sous les projecteurs. A vu des douleurs mises en lumière sans maquillage. 

Et dans chaque proposition artistique, il y avait cette tentative courageuse presque fragile de retisser ce qui, parfois, se défait entre nous : le dialogue, la mémoire, l'écoute, la nuance.

Chefs-d'œuvre pour les uns, débats enflammés pour les autres 

Ah… les sorties de salle !  Ce moment délicieux où les critiques naissent plus vite que les applaudissements.   

« C'était du génie. » « Moi je n'ai rien compris. » « La scénographie ? Magistrale. » « Trop longtemps. » « La chorégraphie m'a bouleversé. » « Moi c'est le texte qui m'a perdu. » 

Les goûts se sont opposés, confrontés, parfois heurtés. Et c'est tant mieux. 

Parce qu'au fond, malgré les désaccords, une vérité restait debout :  Cette édition nous a secoués, rassemblés, traversés.  Elle nous a donné matière à penser… et à débattre jusque dans les parkings.   

Les panneaux : ces petites révolutions silencieuses 

Parmi les moments les plus précieux : voir 70 à 80 personnes, pas forcément artistes, assises pour écouter, questionner, comprendre. 

Des citoyens curieux. Des spectateurs sont devenus des penseurs.  Des voix qui osent demander « pourquoi ? » et « commentaire ? ».   

Et je vous dis : Le théâtre ne se joue plus seulement sur scène il se prolonge dans la parole collective.

Qu'il pleuve ou qu'il neige  

Il a plu, oui. 

Cette pluie têtue de Bujumbura qui décourage les rendez-vous et vide les salles. On s'est dit : aujourd'hui, ce sera calme.  Et puis… 200 personnes débarquent.   

Pour regarder un théâtre qui ne caresse pas. Un théâtre qui questionne.  Un théâtre qui pointe du doigt parfois là où ça fait plus mal.   

Preuve que le public avait faim.  Faim d'histoires et faim de vérités. 

Un théâtre qui voyage…

Voir des programmateurs venir de loin pour découvrir ce théâtre nous honore, évidemment. 

Mais le plus beau reste autre chose :  Nous, Burundais, présents en étant fiers et témoins.  La preuve ?  Nous étions là, à chaque rendez-vous.    

(Dé)connexion : se perdre pour se retrouver 

Merci aux artistes.  Merci d'être venus avec vos univers, vos fragilités, vos puissances. Merci d'avoir confié vos vertiges à nos salutations.   

Nous attendons déjà, avec une impatience presque enfantine, le thème de la 8ᵉ édition. Mais en attendant, celui-ci laisse une empreinte tenace. 

« (Dé)connexion » nous a fait décrocher du bruit…Pour nous reconnecter à l'essentiel : à nous-mêmes,  aux autres, à ce qui nous fissure et nous relève.  

Parce qu'au fond, les lumières se sont éteintes… Mais ce que nous avons vu, ressenti, compris, lui reste allumé longtemps.

 

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