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juillet 2021

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La chronique de Audry Carmel

“Corps confiné” ou quand la crise inspire…

Si les temps de crise sont un calvaire pour ceux qui sont touchés par celle-ci, ils sont aussi une source d’inspiration immense pour un artiste. Ainsi l’écrivain jette des mots sur un papier, le chanteur fredonne une mélodie, le danseur créé une chorégraphie,etc. Mais au-delà de l’œuvre, il y a aussi le soucis de l’artiste de raconter une expérience vécue pendant les temps de crise; Marc Le Grand et Young Treezy n’ont pas échappé à cette règle. Décryptage.

Le spectacle “Corps confiné” s’ouvre avec une sorte de rideau blanc où on ne voit que les reflets des deux jeunes danseurs derrière. C’est beau à voir. Ce qui captive encore le spectateur, c’est l’énergie des deux artistes. Il faut le dire, souvent, sur scène, certains performeurs n’arrivent pas à offrir l’énergie qu’il faut. Pourquoi ? Pourquoi Marc et Young Treezy ajoutent autant d’énergie dans leur spectacle ? La réponse se trouve peut-être dans la réalité de leur spectacle. En effet, “Corps confiné” est…

basé sur une histoire vraie.

2020 aura été l’une de ses années qui marquent l’Histoire de l’Humanité. Un virus venu du fin fond de la Chine a déferlé sur le monde comme les cavaliers Mongols de Gengis Khan. En une seule année, tout à changer, on a dû apprendre à vivre autrement. Plus de salutations, plus de bises, le confinement, le masque (aaah, ces sacrés masques) et les proches qui partaient sous nos yeux. 2020 a touché tout le monde, directement.

Le monde de l’art a été tellement secoué comme d’autres domaines aussi. Mais l’artiste a été touché plus profondément car contrairement à d’autres, il vit les évènements avec un autre regard. Il est un témoin de la société. Avec son talent, il est celui qui peut interpréter les évènements avec une touche “surhumaine”.

Marc et Young Treezy ne pouvaient plus performer. Les salles de spectacles étaient fermées, distanciation sociale l’obligait. Alors imagine un danseur obligé de ne plus performer devant un public ?

 

L’artiste, un témoin de l’histoire

Marc et Young Treezy avec “Confiné confiné” reviennent sur une année qui a particulièrement marqué les esprits. C’est avec une bonne chorégraphie que les deux jeunes danseurs interprètent les émotions vécues dans cette année de la Covid. Une scène m’a particulièrement marqué : il y a un moment où Marc et Young Treezy se roulent violemment par terre. La scène est d’une violence beau à voir. On ressent la douleur que les deux jeunes hommes ont vécu. Ils arrivent à partager leur frustration à travers leurs pas de danses. On voyage entre le mois de décembre où on découvre le virus inconnu, nous passons au premier confinement, aux milliers de morts à travers le monde, au moment où le vaccin apparaît,… Nous voyageons emotienellement. Marc et Young Treezy ont pu lier inspiration et frustration pour créer un spectacle qui marque les esprits.

 

Une énième fois de plus, l’art prouve encore qu’elle viendra toujours au secours de l’humanité. Que serions-nous sans les beaux textes d’Émile Zola, Honoré de Balzac, Luis-Ferdinand Céline, Ahmadou Kourouma, Roland Rugero, Sheila Inangoma,… Que serions-nous si l’art n’existait pas ?

La chronique de Audry Carmel

“Ngagara, quartier immatériel”, l’art de décrire le réel

Avec une touche artistiquement choisie, la fiction est une fresque qui retrace ce que la société n’arrive pas à déchiffrer à elle seule. Entre clichés et réalités, Laura Sheilla Inangoma comme une guide touristique nous fait découvrir le(s) Ngagara.

L’œuvre est tout simplement magnifique. On découvre un quartier vieux de plus de soixante ans. Pendant près de six décennies, Ngagara fait parti de l’Histoire de notre pays. Sauf qu’il n’existe pas un seul Ngagara mais des Ngagara(s). Et chaque Ngagara possède ses particularités, ses habitudes,… Est-ce que l’auteure n’a pas eu du mal à nous parler de tous ces dix quartiers ?

Photo Crédit: iamartmel

Le génie de l’auteure

Comment aborder l’histoire d’un quartier dont les clichés et les petites histoires font partis des croyances populaires de notre pays, le Burundi ? Comment parler dans une seule pièce de théâtre, dix quartiers sans tomber dans le piège du fanatisme ou des “on dit” ? C’est là où se trouve alors le génie de l’auteure. On ne se perd pas. Chaque comédien/comédienne sur scène interprète le rôle de l’un des quartiers (en effet, Ngagara était une commune de Bujumbura avant de devenir une zone aujourd’hui qui possède dix quartiers. Pour désigner ces derniers on utilise un chiffre, de un à dix).

Photo Crédit: iamartmel

Cédric Bahimpundu a pondu un superbe article sur Ngagara lors du Festival Buja Sans Tabou précédent, “Il faut le dire, il n’y a pas Ngagara mais des Ngagara. Grâce à la machine à remonter le temps de Inangoma, l’on découvre par exemple qu’il y un Ngagara « des frimeurs », là où l’on se la joue millionnaire en se permettant des mets exquis pour demander « un petit crédit de boîtes d’allumettes dès les premières dates d’après les vingt du mois ». Il y a Gomorrhe, sacrée Gomorrhe, comme le nom fait penser à un petit coin réputé pour ses petites parties jambes en l’air !Dans ce quartier où les aubergines seraient plus succulentes que la viande, quelques zones d’ombres. Ce dénominateur commun culinaire et un faible pour une bouteille le soir ne sont pas suffisants pour faire penser à un quartier à l’unité sans accrocs.” écrit-il.

Laura Sheilla Inangoma a su user de son génie pour parler d’un quartier dont la complexité augmente encore plus la fascination.

Photo Crédit: iamartmel

Le fond oui mais la forme surtout !

On juge une œuvre écrite en mettant l’accent sur son fond et surtout sa forme. L’auteure arrive à écrire une pièce de théâtre dont le fond est bien sûr à saluer mais la forme a droit à des acclamations.

Elle avait devant elle dix quartiers dont l’histoire et la réputation (bonne ou mauvaise) demandent un recul avant de commencer le processus de création. Il n’est pas du tout aisé de parler de Ngagara même les historiens redoutent cette tâche si risquée et complexe. Inangoma a osé et elle a réussi avec brio.

La forme de “Ngagara, quartier immatériel” est d’une créativité rarissime. Faire parler les quartiers, naviguer entre les clichés, l’histoire et les “on dit” demande un talent immense. C’est pourquoi la pièce de Laura Sheilla Inangoma nous fascine autant, elle décrit le “réel” avec du talent.

La Comédienne Odile Sankara venue donner une formation sur le Théâtre à Bujumbura aurait lancé cette phrase :” L’art est une porte ouverte, très facile à emprunter. Tout le monde vient. Mais très peu savent se poser les vraies questions, en y mettant de la forme. Si la forme n’accompagne pas le fond, on s’épuise très vite. La poésie protège l’art”. Inangoma a su se poser les vraies questions et a mis de la forme dans “Ngagara, quartier immatériel” pour afin décrire le réel poétiquement !

Les larmes de crocodile
La chronique de Audry Carmel

Les Larmes De Crocodile

“Les larmes de crocodile”, comme un tableau d’un maître…

Mi-chemin entre le théâtre et la danse, “Les larmes de crocodile” est un spectacle d’une esthétique et d’une virtuosité qui méritent une reconnaissance artistique. Principalement vu comme une œuvre engagée, il est rarement apprécié comme une œuvre d’art qu’on doit admirer tel un tableau d’un maître. Il faut le dire,”Les larmes de crocodile”, ce n’est pas un spectacle comme les autres. Décryptage.

Regarder “Les larmes de crocodile”, c’est comme observer un tableau de Sandro Botticelli, une fresque de Michel Ange ; c’est écouter “Le Requiem” de Mozart, c’est tout simplement admirer une œuvre d’art ! Et comme tout immense œuvre d’art, il présente sa part de complexité, ce qui d’ailleurs augmente son admiration. L’œuvre est engagée certes, et on pourrait revenir sur son apport pour la société mais je me permets d’aller au-delà du contexte social pour parler de la virtuosité de l’œuvre (ce qui n’est pas d’ailleurs facile).

“Le plus beau spectacle jamais observé à Bujumbura”

Linca Lyca, comédienne et chargée de l’administration au sein de Buja Sans Tabou considère “Les larmes de crocodile” comme “le plus beau spectacle jamais observé à Bujumbura” et il faut dire que la jeune femme en a vu beaucoup à Bujumbura. Ceci démontre l’admiration que même les artistes ont pour ce spectacle. En effet celui-ci présente ce quelque chose de plus que les philosophes et les grands critiques d’art se sont arrachés les cheveux depuis la nuit des temps en tentant d’expliquer : le beau.

Il serait difficile d’expliquer et de donner un aperçu de ce spectacle. D’abord, il réunit plusieurs styles de danses( danse contemporaine, street dance, danse traditionnelle,…), théâtre et même de l’humour et tout cela est bien coordonné ce qui laisse le spectateur dans un état de bonheur.

Oeuvre d’art ?

Quand on regarde “Les larmes de crocodile” nous sommes saisi par sa complexité mais en même temps par sa façon d’aborder des thèmes sociaux avec une grande aisance. C’est un spectacle complexe car il est un mélange de plusieurs arts mais on ne peut que se laisser guidé par les pas des danseurs car il est exécuté avec brio. On se laisse aller, admirant l’ingéniosité et l’esthétisme des danseurs et danseuses et surtout de la musique choisie pour les accompagner.

Et il faut qu’on mentionne la manière dont ce spectacle respecte bien les bases du Storytelling. Nous sommes embarqués dans une histoire bien racontée avec des hauts et des bas, des nœuds, des moments de suspens qui font ressortir en nous toutes sortes d’émotions.
On vit le spectacle : quand un des danseurs gifle un autre pour montrer un moment de violence, le spectateur est saisi par le réalisme de l’acte, lorsque les hommes se font transporter par leurs femmes (une des actes dans le spectacle qui sert à montrer le traitement inhumain que subit les femmes dans un foyer), nous sommes particulièrement saisi par la douleur que les jeunes femmes ressentent, etc.

L’écrivain et journaliste Burundais, Roland Rugero qui a écrit aussi sur ce spectacle mentionne le caractère artistique de celui-ci et surtout du rôle d’un artiste dans une société comme la nôtre:”Si l’artiste n’a pas de mot propre en kirundi pour le désigner, souligner sans ambiguïté dans l’entendement populaire la portée de son identité, comment est-il accueilli par la société burundaise ? Voit-elle en lui un vecteur de changement, un simple porteur de message, ou sommairement un bouillonnement d’hormones à ranger dans le folklorique? Dès lors, comment ne pas le suspecter de n’être autre chose que ce qu’il est avant tout, à savoir un « créateur »? De qui porte-t-il ce qu’il fait?”

Si aujourd’hui, nous arrivons à regarder “Les larmes de crocodile” avec des larmes sur le bout de nos yeux,c’est parce que derrière, il y a eu un “créateur”. Les artistes d’ Irivuga Art Company n’ont pas seulement créer un spectacle, ils ont créé une œuvre d’art, et qui va exister dans “Les Mémoires” pour une éternité comme un tableau d’un grand maître.

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