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juin 2021

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En dansant et en denoncant
La chronique de Audry Carmel

En dansant et en dénonçant !

Rythmes du corps, des mouvements et des pas coordonnés et une musique au fond pour accompagner un moment de transe, voici la grande image que l’on a de la danse. Mais au delà des pas bien maîtrisés par des danseurs en sueurs, la danse est aussi un moyen d’expression. Et comme tout art, la danse s’engage. Analyse.

Ce Vendredi le 25 Juin 2021, le Buja Sans Tabou accueillait dans ses enceintes, un spectacle de danse. “À ne pas avaler” est un concept de @bopkingdm accompagner par d’autres danseurs et danseuses et dans lequel il raconte une histoire et non pas par les mots, mais par des pas de danses. Avec lui, nous voyageons à travers une histoire d’amour entre un homme et une femme, qui devient un cauchemar pour cette dernière. Elle est battue, humiliée, insultée, terrorisée,… La pauvre dame ne trouve plus le courage de dénoncer son mari violent et sans cœur. On lui dit de ne pas “avaler” la violence qu’elle subit quotidiennement. Avec “À ne pas avaler”, le spectateur découvre une autre mission de la danse: dénoncer la violence.

La danse, un outil pour dénoncer le mal

Classée comme sixième art, la danse est un art de la scène. Contrairement aux autres arts, avec la danse c’est plus le corps qui parle. Avec des pas conçus par un chorégraphe selon l’émotion qu’il veut transmette, la danse apparaît comme un langage. À travers les mouvements, le danseur parle, il s’exprime, il parle, il crie, il dénonce, il s’indigne, il pleure et (fait pleurer),… Le danseur n’a pas besoin de mots, il n’a pas besoin de faire un discours contre les violences conjugales, contre le racisme, la guerre, etc. Il a simplement besoin d’un corps et de l’imagination pour afin exprimer par une chorégraphie, de l’émotion. C’est ainsi, par exemple, nous arrivons à lâcher une larme en voyant un danseur mimant un mouvement où il frappe quelqu’un.

L’essor de la danse (engagée) au Burundi ?

Il faut aussi qu’on arrive à nuancer la danse que l’on pratique ensemble pour s’amuser avec des amis en boite de nuit ou dans les fêtes et la danse professionnelle qui, elle, est utilisée pour exprimer une émotion ou donner un message aux spectateurs grâce à une chorégraphie bien choisie. Il y a quelques jours, nous avons assisté à Buja Sans Tabou, un spectacle d’Olisaint ,”Tragédie” , qui exprimait elle aussi une émotion vécue. “Les larmes du Crocodile” est un autre spectacle qui dénonce aussi les violences conjugales. Celui-ci est en tourné dans toutes les provinces du Burundi actuellement.
Aujourd’hui on remarque un essor de la danse au Burundi. De jeunes et talentueux chorégraphes émergent ici et là, et veulent s’exprimer et dénoncer les vices de la société.
Comme la musique, le slam, le théâtre, la photographie, l’art plastique,… la danse elle aussi, s’invite dans le combat. La danse veut démontrer qu’elle est un outil qui peut être utiliser pour changer la société.
Nous vivons dans une société qui présente beaucoup de défis, nous espérons que la danse saura apaiser nos maux et dénoncer ce que les mots, les mélodies, les écrits n’ont pas su bien dire(décrire).
Avec ce que nous sommes en train de de voir et de vivre actuellement, la danse au Burundi a un bel avenir !

 

La chronique de Audry Carmel

Quand le statut de la femme confronte le poids de la tradition

Malgré la pluie et le froid, deux prestigieux invités nous ont tenu au chaud. On a parlé de la femme et nous avons appris sur l’institution des Bashingantahe. Cette Rencontre sur “Mémoires” de ce Vendredi le 19 juin était une occasion de revenir sur/dans le passé, de l’interroger et de le confronter.

Permettez-moi de vous présenter les invités : Dr Christine Mbonyingingo, brillante universitaire, Présidente de l’Union des Femmes Burundaises et descendante de la Reine Ririkumutima (nous reviendrons sur ce point en dessous). Nous avons eu l’occasion d’avoir avec nous l’Ambassadeur Balthazar Habonimana, ancien Haut-Fonctionneur de l’État, il fut Gouverneur de la Province de Bujumbura, Ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture, Ambassadeur Plénipotentiaire du Burundi à Rome et à Bruxelles, il est aussi Spécialiste des questions sur le genre. Il eut à occuper la Direction du Conseil des Bashingantahe au niveau national pendant douze ans.

Vous me demanderez peut-être pourquoi avoir mentionner presque le CV des invités ? Je vous répondrai qu’on ne pouvait pas trouver mieux pour le sujet qu’ils ont eu à décortiquer pour nous l’assemblé présente. D’ailleurs mentionnons ce sujet:”L’institution des Bashingantahe et la place de la femme dans la prise de décision”.

Et c’est quoi l’institution des Bashingantahe ?

Le Mushingantahe Habonimana Balthazar nous a parlé en long et en large ce que c’est l’institution des Bashingantahe. En peu de mots, selon lui :” Les Bashingantahe (singulier: Mushingantahe) sont des notables coutumiers investis au niveau de chaque colline. Traditionnellement, ils sont chargés de la gestion et la prévention des conflits.”

Mais il existait un hic dans cette institution. Aucune femme n’y était admise dans le Burundi ancien et il a fallu jusque en l’an 2002 pour pouvoir, après une longue délibération, accepter l’intégration des femmes. La tradition l’interdisait mais les hommes ont vu que la femme doit avoir la place dans n’importe quelle institution du pays. Était-ce une victoire des femmes sur le poids de la tradition ?

Peut-on confronter  la tradition ?

Avec Dr Christine Mbonyingingo, nous apprendrons que l’Union des Femmes Burundaises verra le jour en 1967 mais à l’époque coloniale aussi, des femmes avaient pris le devant pour défendre la cause de la femme. Elle raconte que des femmes ont prit la direction pour Gitega afin de demander au résident de l’époque Harroy, de leur accorder plus de place dans les affaires du pays. De ce fait, nous pouvons voir que les femmes ont toujours pris  en main leur destin avant même l’indépendance. 

D’ailleurs, la cause féminine au Burundi n’a pas vu le jour il y a quelques années. La Reine Ririkumutima qui était Régente a ordonné que le rôle de  Mujawibwami, une femme qui venait étant nue le jour de la fête des semailles (Umuganuro) pisser pour chasser les gens, soit supprimé. La Reine jugeait que cette tâche dégradait l’image de la femme.

Les traditions ne sont pas éternelles, elles changent et évoluent avec le temps. Si aujourd’hui, les femmes peuvent être des Bashingantahe (on les appelle des Bapfasoni), cela n’était pas le cas il y a une cinquantaine d’années, ça aurait été même un crime de lèse-majesté de leur laisser prendre partie dans les règlements des conflits.

Un pays qui reste sur ses traditions se meure, un pays qui ferme les portes aux femmes est voué à disparaitre. Sans les femmes on va nulle part, surtout pour la société burundaise où les femmes tiennent une grande place dans l’économie du pays. Il faut toujours confronter les traditions sans pour autant se précipiter, c’est un processus. Peut-être d’ici quelques années, nous verrons les femmes avoir le droit à l’héritage ?

La chronique de Audry Carmel

Tragédie d’Olisaint : danser pour panser une plaie

Pourtant j’étais avisé, une tragédie ne passe jamais sans heurter. Si le public a été heurté, moi je fus tout simplement bouleversé.

 

Tout le crédit va à Olisaint jeune professeur de danse à l’Ecole Française de Bujumbura. En effet, ce n’est pas souvent qu’on voit un spectacle réunir plusieurs groupes de danses autour d’un thème unique et il l’est surtout lorsque c’est un seul danseur qui, inspiré, invite des groupes de danses, à le rejoindre dans son aventure. 

N’est-ce pas ce bon Monsieur Robert qui donne la définition du mot “Tragédie” dans le monde du spectacle comme quoi :” Une tragédie, c’est une œuvre dramatique (surtout en vers), représentant des personnages illustres aux prises avec des conflits intérieurs et un destin exceptionnel et malheureux ; genre de ce type”?

 

J’étais alors avisé en avance avant d’arriver au siège de Buja Sans Tabou rien qu’en voyant le titre du spectacle. Je me rappelle qu’à l’école secondaire, notre cher professeur de français nous a appris que dans une tragédie, une ou plusieurs personnes meurent. L’exemple de “Le Cid” de Corneille reste dans ma tête. Cher Audifax, merci pour ces belles leçons sur la Littérature Française.

Quel plaisir de trouver que le thème était bien respecté. Le noir omniprésent sublimée par une scénographie conséquente et des notes musicales s’échappant de la régie pour accompagner la séquence. “Ainsi valse la vie” de Black M est resté dans ma tête, un titre qui contient des paroles tristes. 

Ce n’était pas un spectacle de joie, loin de là même.

En effet, Tragédie, c’est une histoire réelle. Une famille qui a fait face à un évènement malheureux. Une mère, sa fille et son petit-fils ont eu un accident. La mère n’a pas survécu. Le fils étant un élève d’Olisaint a eu sa jambe et son bras cassés. Se rendant à l’école pour donner son cours, Olisaint l’a croisé dans un fauteuil roulant et ce dernier a tenté de savoir ce qui s’était passé. C’est ainsi qu’il a su la “tragédie” qu’a vécu cette famille. 

Olisaint artiste dans l’âme est rentré chez lui, a vomis dans son agenda le spectacle, qui m’a ému, a fait couler mes larmes qui pourtant sont cachées au plus profond de moi. 

Tragédie, c’est aussi une histoire d’Olisaint. Comme pour se libérer d’un malheur qu’il porte en lui (j’ai eu une brève discussion avec lui à la fin), son spectacle était en quelque sorte une façon de se guérir et il ne connait pas une autre meilleure thérapie que la danse, l’art.

Tragédie, c’est aussi une histoire à moi ou presque. J.K , la fille qui a perdu sa mère et dont le fils a été gravement blessé, est une amie à moi. Je me rappelle que quelques semaines après “la tragédie” qui lui ai tombé dessus, je l’ai croisée avec son fils, qui était sur une chaise roulante. Nous avons discuté, j’ai demandé ce qui s’était passé et elle m’a en peu raconté le malheur. 

À la fin du spectacle, j’ai retrouvé J.K, chaleureuse et accueillante comme à son habitude. Nous discutons en peu et elle m’avoue que le spectacle d’Olisaint a été un remède pour elle. Elle me murmure :“De là où se trouve ma mère, je sais qu’elle a pleuré aussi.”

Comme quoi, l’art est un remède pour panser les plaies les plus profondes.

Tous les spectateurs qui étaient à la première de Tragédie se sont retrouvés dans le spectacle, dans l’histoire. Qui n’a pas fait face à une tragédie dans sa vie ? 

Tragédie à travers des pas de danses nous a parlé à nous tous. 

Mais Tragédie n’était pas qu’une histoire triste, c’était aussi un message d’espoir. Et ce duo de deux très jeunes rappeurs, qui a fait son texte m’a ému de par son talent mais aussi par le message qu’il a partagé. Je me rappelle de ce passage :“Ça ira…”

Tout ce qui se passe dans nos vies, les malheurs, douleurs, les tragédies, ça ira. 

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