La causerie, ce soir du 07 Octobre 2022, tournait autour de la nécessité pour le théâtre burundais de se professionnaliser et le combat à mener en sorte que celui-ci puisse permettre des bonnes conditions de vie à ses professionnels.

Des petits pas comme acteur à directeur d’une maison qui gère 17 festivals de théâtre dans le monde, puis conseiller des gouvernements et agences internationales en matière de politique culturelle en passant par metteur en scène et conteur, Hassane Kouyaté connaît tout de l’art du théâtre.

Le regard clair, perçant. Les cheveux coupés courts blancs. La voix brumeuse tout de même professorale Hassane Kouyaté, fils de l’illustre comédien burkinabé Sotigui Kouyaté, qui a côtoyé et tutoyé les grands du théâtre au niveau mondial comme le très immensément connu Peter Brook, surprend pourtant par son humilité. « Je ne suis pas là pour donner des conseils, je partage le peu que j’ai. Ce que j’ai compris dans cet art et dans les choses de ce monde en général, c’est que chacun joue son rôle. Il n’y a pas plus grand que l’autre. Si je dirige tous ces festivals, ce n’est pas que mon rôle est plus important que celui des autres qui travaillent dans l’ombre. Finalement, je ne suis qu’un simple animateur d’équipes. Chacun est dans sa place », préfère-t-il dire au parterre d’acteurs, metteurs en scène et autres théâtreux, amusés, venus puiser à sa sagesse.

Aux jeunes théâtreux et autres aspirants à l’être, Hassane Kouyaté dit : « Que rien ne vous effraie les amis. Dans le théâtre, il y a une place pour tout le monde, mais il n’y a pas de place pour les paresseux. Et ce que je sais, c’est que si vous avez fait ce qu’il fallait, peu importe dans quel coin reculé du n’importe quel pays du monde vous vous trouvez, les gens vont vous dénicher là. La preuve, c’est que je suis ici, de Paris. Vous devrez y croire les gars. L’important est de ne pas se sous-estimer, il faut savoir 3 choses : ce que tu peux faire, ce que tu dois faire et ce qu’il faut faire. »

Pour cet ancien, le théâtre Burundais est sur une courbe ascendante, mais il y a encore quelques défis : « Ceux qui travaillent dans le domaine manquent terriblement de formations et d’informations. Il faut qu’il y ait beaucoup d’initiatives dans ce sens. Il faut organiser aussi des rendez-vous festifs, en facilitant la mobilité des professionnels dans le secteur à sortir du pays pour apprendre des autres et en organisant des festivals ici. C’est connu, c’est universel, le secteur culturel se nourrit, s’enrichit des rencontres. »

Le facteur « volonté politique »

Mais pour développer le secteur, fait savoir Hassane Kouyaté, il faut également beaucoup de volonté politique sinon les efforts des professionnels dans le secteur seraient vains : « C’est fou ce que je vais vous dire : j’ai participé à de nombreuses séances de délibérations sur les budgets à déployer dans le secteur culturel. Je vous donnerais un exemple du Parlement Européen quand on vote le budget des subventions pour le secteur culturel, il y a des chefs d’Etats qui appellent pour réclamer des sommes importantes de subvention et des fois ils reçoivent gain de cause. Il doit y avoir cette volonté politique. »

Fils d’évolués, eux-mêmes acteurs de théâtre, couvé et élevé dans cet art à l’Institut franco-voltaïque de Ouagadougou n’a-t-il pas baignée dans le théâtre dès son jeune âge pour être disqualifiée de donneur de leçons aux jeunes qui commencent à zéro ? À la question, Hassane Kouyaté répond : « Peut-être oui, j’ai grandi dans le théâtre que cela me parait bizarre de dire que c’est mon métier. Je n’ai pas eu d’ailleurs des difficultés jusqu’à maintenant dans le théâtre. C’est le fait de ne jamais vouloir abandonner qui me guide et à faire mon travailler correctement qui m’a fait arriver à ce niveau », susurre celui qui dit avoir choisi de faire du théâtre, le jour où son camarade d’enfance qui ne pouvait pas avoir le ticket d’entrée pour assister à son spectacle est mort, suite à une chute brusque depuis un arbre ou il essayait de le voir se produire.

Signalons que cette soirée de partage a eu lieu après une formation tenue à l’endroit de 15 acteurs du théâtre dans le cadre du Projet PASACC-Burundi appuyée par l’Union Européenne au Burundi.

 

Hassane Kouyaté est un conteur, metteur en scène et acteur burkinabè. Né en 1964 dans une famille de griots, il baigne dès le plus jeune âge dans le milieu artistique. Du conte à la comédie, en passant par la mise en scène et la musique, c’est à la fois en Afrique et en France qu’il perfectionne les différents arts qu’il affectionne.

En novembre 2014, il est nommé directeur de l’établissement public de coopération culturelle (EPCC) réunissant le centre martiniquais d’action culturelle et le centre culturel départemental “Atrium”3. Cette structure, renommée “Tropiques Atrium”, reçoit en 2015 le label Scène nationale4.

Il prend la direction du Festival des Francophonies en Limousin en 2019, et figure parmi les membres du jury devant désigner la première Capitale française de la culture pour 2022. 

Artiste, formateur et créateur de manifestations culturelles, Hassane Kassi Kouyaté est l’initiateur en 1996 du festival international de contes Yeleen, au Burkina Faso.

 

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